L’écologie fait irruption dans les années 1960-1970. Depuis lors, une nouvelle forme de demande sociale se manifeste, notamment dans les domaines politique, associatif, éducatif.

Au cours de cette même période, les premiers ouvrages consacrés à l’histoire de l’écologie commencent à voir le jour. Ils montrent que l’écologie est une discipline scientifique déjà centenaire, dont les concepts ont été forgés en Europe au XIXème siècle. Par ailleurs, les travaux historiques consacrés aux mouvements environnementalistes enseignent que les préoccupations liées aux conséquences néfastes de certaines activités humaines sur l’environnement sont bien antérieures aux “seventies”.

“L’âge écologique”

La prise de conscience planétaire des conséquences désastreuses de certaines activités humaines sur l’environnement est symptomatique de l’entrée de l’humanité dans ce que l’historien nord-américain Donald Worster nomme “l’âge écologique” [1]. L’ouverture de ce nouvel âge se serait opérée le 16 juillet 1945. Ce matin-là, l’explosion de la première bombe atomique dans le désert du Nouveau-Mexique marque l’aboutissement du projet Manhattan initié en 1942. Le physicien Jacob Robert Oppenheimer, directeur du centre de Los Alamos depuis 1943, peut être satisfait : l’essai est parfaitement réussi.

Avait-il déjà conscience de la signification écologique de ce magnifique champignon de poussières et de gaz radioactifs ? Pour la première fois, la contamination irréversible de l’atmosphère par les produits de la fission nucléaire faisait planer la menace d’une catastrophe écologique globale. Peu après, les études conduites sur les terrains militaires et scientifiques que représentent Hiroshima et Nagasaki aux lendemains du 6 et du 9 août 1945 démontraient la durabilité de l’impact des bombes à fission et à fusion sur les populations humaines et sur les écosystèmes. On sait maintenant que l’isotope du strontium, l’un des plus dangereux parmi les retombées radioactives, peut causer des dommages génétiques irréparables.

Ceux qui sont nés après 1945 vivent sous une nouvelle forme de menace. A-t-on évalué tous les effets psychologiques sur les générations post-nucléaires de cette situation inédite dans l’histoire de l’humanité ?

Du reste, d’autres événements postérieurs à la seconde guerre mondiale ont contribué à provoquer une prise de conscience écologique, confirmant l’entrée de l’humanité dans un nouvel âge. C’est le cas de la guerre du Viêtnam, le plus long conflit armé du XXème siècle (1954-1975), considérée comme une guerre écologique car elle s’est caractérisée par une stratégie militaro-économique consistant à détruire durablement des écosystèmes au moyen d’herbicides de synthèse [2]. Aujourd’hui encore certains agroécosystèmes et certaines mangroves sont affectés par les conséquences de ces traitements.

Des publications ont également fait l’effet de bombes. Dans Silent spring, Rachel Carson [3] défend la thèse que l’arme atomique n’est pas la seule à menacer de détruire la vie : avec les pesticides on obtient, à long terme, les mêmes résultats. Parallèlement, la presse à grand tirage commence à populariser le sigle D.D.T. [4] et à diffuser des données sur le rejet dans l’atmosphère des énormes quantités de gaz issus de la combustion du carbone fossile. Un autre ouvrage a marqué cette période, celui du biologiste américain Paul Ehrlich qui, en 1968, dénonce les effets de La Bombe P…, comme population [5]. Avec des démographes qui s’inscrivent dans un cadre néomalthusien, il alerte les États et l’opinion sur le fait que, sans une politique antinataliste efficace, l’épuisement des ressources est inéluctable.

Dans ces années 1970, il devient clair que le nombre de catastrophes écologiques d’origine anthropique s’est accru depuis la fin des années 40 [6]. Les naufrages du Torrey Canyon (1967) et de l’Amoco Cadiz (1978) l’illustrent de façon dramatique.

Les désastres qui ont jalonné les deux dernières décennies du XXème siècle ont malheureusement donné raison aux plus pessimistes. On n’a pas fini de mesurer les conséquences de “l’accident majeur” du réacteur n°4 de Tchernobyl le 26 avril 1986, tandis que des centrales nucléaires du même type continuent à fonctionner en Russie et en Europe de l’Est. Plus près de nous, les “galettes de pétrole” échouées sur les côtes bretonnes et du sud-ouest de la France pendant l’hiver 1999-2000 ont convaincu l’opinion publique que les risques de pollution par les hydrocarbures n’appartiennent pas au passé.

Parallèlement, la décennie 1960-1970 a été féconde dans le domaine de la protection de l’environnement, avec la signature de 47 conventions internationales. La fin de cette période est marquée par la tenue en juin 1972 à Stokholm, de la première conférence mondiale sur l’environnement de l’Organisation des Nations Unies, dont est sorti le Programme des Nations Unies pour l’Environnement. Rappelons que le premier principe de la déclaration de Stokholm affirme le droit de chacun de vivre dans un environnement sain, lui permettant de vivre dans la dignité et le bien être. Le désormais célèbre “principe de précaution” porte le numéro quinze dans cette même déclaration [7]. Il devient patent, avant même la première crise du pétrole, que le modèle de croissance qui s’est imposé après la seconde guerre mondiale ne tient pas toutes ses promesses en ce qui concerne la qualité de vie, la sécurité, la santé. Certains vont alors jusqu’à demander un niveau de croissance égal à zéro.

Les réponses à la nouvelle demande sociale en matière d’écologie, qui s’amplifie depuis les années 1960, sont multiples. En France, elle se traduit sur le terrain politique par la création du premier Ministère de l’environnement par le gouvernement de Georges Pompidou (1971), par la première candidature écologiste à une élection présidentielle, celle de l’agronome René Dumont en 1974, et par l’organisation de partis écologistes qui vont, dans les années 1980, susciter beaucoup d’espoir. Dans le domaine associatif, la demande écologique est exprimée par de nombreuses associations qui forment actuellement une sorte de “nébuleuse écologico-environnementaliste” aux contours difficiles à saisir [8]. Sur le plan éducatif, dès les années 1970, des textes officiels destinés aux enseignants les engagent à développer chez leurs élèves des attitudes d’observation, de compréhension et de responsabilité vis-à-vis de l’environnement proche et lointain. Les premières Assises nationales de l’éducation à l’environnement se sont tenues à Lille en février 2000. Désormais, l’éducation relative à l’environnement (l’E.R.E.) commence à entrer, timidement il est vrai, dans les programmes scolaires.